Il aura suffi d’une phrase pour donner le ton. « Notre arsenal juridique ne doit plus être seulement un instrument qui garantisse l’ordre et la justice dans la cité. Il faut que nous voyions le droit comme le véritable accélérateur de notre développement. » En prononçant ces mots, ce mardi 28 juillet 2026, à l’occasion de l’installation du comité permanent de la Commission de réforme du droit, le président Romuald Wadagni a fait bien plus qu’inaugurer un organe. Il a posé les termes d’une conviction qui traverse son action depuis son accession à la magistrature suprême : celle d’un Bénin où la norme cesse d’être un frein pour devenir un levier de transformation.
Une ambition inscrite dans une trajectoire de réformes
Le comité que le chef de l’État a porté sur les fonts baptismaux n’est pas né ce mardi. Il a été créé le 1er juillet, en Conseil des ministres, dans le prolongement du vaste mouvement de réformes institutionnelles engagé ces dernières années. À sa tête, le président Wadagni a placé le professeur Noël Gbaguidi, figure respectée du monde juridique béninois, entouré de Djidjouè Gboyou, vice-président, et d‘ Igor Guèdègbè, rapporteur. Un attelage de spécialistes chargé d’une mission dont l’ampleur donne la mesure de l’ambition présidentielle : passer au crible l’ensemble du corpus législatif national pour y traquer l’obsolescence, y déceler les silences et y résorber les contradictions.
Car le constat qui fonde cette réforme est celui d’un droit rattrapé par le temps. Certaines dispositions, conçues pour un Bénin d’hier, ne collent plus aux réalités sociales, économiques et internationales d’aujourd’hui. D’autres domaines, à l’inverse, souffrent de vides que les défis contemporains rendent chaque jour plus criants. Entre ces textes vieillis et ces zones de non-droit, l’édifice législatif risque l’incohérence, cette faiblesse silencieuse qui mine la confiance des citoyens comme celle des investisseurs.
« La sécurité juridique n’est pas un concept abstrait, c’est un actif économique», décrypte un universitaire spécialiste de gouvernance publique. « Un entrepreneur, national ou étranger, n’investit durablement que là où il sait que la règle du jeu ne changera pas au gré des humeurs et qu’elle sera appliquée avec prévisibilité. En érigeant la sécurité juridique en priorité, Wadagni s’adresse autant aux Béninois qu’aux marchés. » L’expert relève d’ailleurs la cohérence de la démarche avec les mesures récentes du gouvernement, de l’harmonisation des coûts des actes judiciaires à l’institution du règlement électronique, autant de jalons d’une justice qui se modernise.
Écrire le droit du monde qui vient
Le défi le plus redoutable confié au comité Gbaguidi tient pourtant dans un mot : l’anticipation. Le président a explicitement demandé aux membres d’élaborer de nouvelles règles capables d’épouser les grandes mutations du siècle. Le changement climatique, qui impose de repenser le droit de l’eau, des sols et de la responsabilité environnementale. L’urbanisation accélérée, qui bouscule le droit foncier et celui de l’aménagement. Les révolutions technologiques enfin, de l’intelligence artificielle à la protection des données, qui exigent des cadres inédits.
« C’est un chantier où il n’existe pas de modèle prêt à l’emploi », prévient une magistrate en fonction à Cotonou. « Même les systèmes juridiques les plus avancés improvisent face à ces sujets. Le Bénin a donc une carte à jouer : légiférer intelligemment, sans copier, en tenant compte de ses propres réalités. » Un avis que partage un avocat d’affaires de la place : « Si ce comité réussit, il offrira au pays un avantage compétitif considérable, celui d’un environnement juridique lisible et moderne.»
À la Marina, ce mardi, Romuald Wadagni a donné le cap. Au comité, désormais, de transformer l’intention en droit vivant. Le Bénin, lui, observe une équipe à laquelle échoit une responsabilité rare : écrire les règles du monde qui vient.
M.M